Tipheret, dans la kabbale juive, désigne l’essence de la Beauté, qui est contenue dans l’espace du coeur. Lorsqu’un conflit oppose deux personnes de manière apparemment insoluble, le branchement de la conscience sur l’espace du coeur permet d’effectuer un léger déplacement latéral afin de reconsidérer la situation d’un point de vue extérieur au conflit. La solution qui découle de cet exercice est souvent inattendue. Il lui arrive parfois, en outre, d’être parfaitement efficace. Dans tous les cas, on y découvre la possibilité d’être nommé dans d’autres termes que ceux de l’opposition classique : ami ou ennemi.
L’établissement et le maintien d’un état policier à l’échelle planétaire est basée sur la croyance que la contrainte est la condition d’existence de l’ordre. La carotte et le bâton, le bandeau et le baîllon sont les instruments de cette contrainte. Ce type d’ordre peut être qualifié d’exclusif car il se construit sur l’exclusion de tout ce qui le contrecarre : les mendiants, les fous, les voleurs, les assassins, les nègres, les pédés,… Il ne peut offrir à ces exclus que des termes péjoratifs pour les nommer. D’autres termes seraient nécessaires pour les intégrer. Mais la découverte et l’usage de ces termes nécessiterait de posséder une qualité dont les tenants de l’ordre policier sont exempts : l’imagination.
Mon imagination m’invite à envisager l’existence possible d’un ordre plus riche et plus ouvert basé, non sur l’exclusion de la diversité, mais sur son inclusion. Un rapide regard circulaire me rappelle que le terme adéquat pour désigner cette sorte étrange, inusitée, de phénomène social existe déjà : c’est la démocratie. Un regard plus soutenu me dévoile que, dans la majorité des cas que j’observe aujourd’hui, la démocratie n’existe qu’en apparence, dans les mots, les promesses, les sourires contraints des affiches électorales. Mais dans le fond, un même flux d’amère flicaille menotte, baîllonne, torture, extirpe et tue. Hocus pocus ! Une clique sévère a rétabli peu à peu, sans se faire voir, l’ordre ancestral du maître et de l’esclave, sous les apparences trompeuses du sirop démagogique. Il y a dol. Et ceux qui devraient dire portent baîllon. Et ceux qui devraient voir portent bandeau.
La clique des hyperflics possède écoles, télés, journeaux, radios … Peu à peu le silence et la résignation s’étendent sur le royaume. Quelques failles encore, résistent à l’extinction des voix, dont l’internet, que je me propose d’utiliser ici … tant que le protocole TC ne sera pas devenu une généralité. Protocole TC ? Qu’est-ce que c’est ? Jamais entendu parler ? Tapez “Trusted Computing” dans Google et fouinez … Le pouvoir que d’aucuns possèdent sur vous est un pouvoir que vous leur avez abandonné. Notre pouvoir essentiel est celui de l’information. Et lorsque l’information accède à l’espace du coeur, elle se transforme en vision.
Cette vision est plus précieuse que tous les avoirs matériels. On ne peut vous l’enlever, elle vous donne du sens, justifie votre action, ouvre vos yeux à la beauté et vous rend incorruptible. Vous ne pouvez ni l’acheter si elle vous manque, ni la perdre si vous la possédez. Elle constitue, en soi, un degré de liberté irréductible à toute tentative de coercition. Ah oui, autre avantage : comme tout document virtuel, on peut la copier à l’infini sans diminution de qualité et sans coût de diffusion. Fournis ici sous licence libre, quelques fragments de ma vision actuelle …
Cour intérieure de maison malienne. De très belles femmes de tous âges, habillées de tissus traditionnels, vont et viennent d’un pas nonchalant. Vie rustique, simple, pauvre, visages dignes, corps droits, gestes lents, regards profonds, tristes, résignation ironique, petite mélodie d’un piano qui pose ses notes dans les coeurs reliés par une souffrance sensible … Dans le même espace, insérée un peu bancalement, une cour de justice, avec des magistrats pensifs d’un côté, un public silencieux de l’autre, une barre semi-circulaire au centre. Tous les gens présents sont de race africaine, à part deux avocats pour et contre. Silence, attente, air vibrant de mouches paresseuses. Zégué Bamba s’avance à la barre. Petit, droit comme un pin, le visage marqué de mille traits de charrue profonds, le regard cristallin, attentif, rapide … Ce dialogue s’installe :